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jeudi 21 avril 2011

Kafka sur le rivage, d'Haruki Murakami .

   

Résumé : Kafka Tamura, quinze ans, s'enfuit de sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui. De l'autre côté de l'archipel, Nakata, un vieil homme amnésique décide lui aussi de prendre la route. Leurs deux destinées s'entremêlent pour devenir le miroir l'une de l'autre tandis que, sur leur chemin, la réalité bruisse d'un murmure enchanteur. Les forêts se peuplent de soldats échapés de la dernière guerre, les poissons tombent du ciel et les prostituées se mettent à lire Hegel.




Mon avis : Comment décrire cette ambiance onirique, propre à Haruki Murakami, qui semble plonger le lecteur dans un état second? Plus j'y réfléchi, plus je me dis qu'il faut avoir lu ce livre pour véritablement vivre de telles sensations. 


Dans un monde où la frontière entre le rêve et la réalité est difficile à distinguer, la vie quotidienne devient avec Murakami un condensé d'instants passionnants, où la poésie vient effleurer  les maux. Plus aucune règle, plus aucun code ne semble encadrer notre quotidien. Le vide se fait dans notre tête, pour laisser place à une ouverture d'esprit qui permet au lecteur d'aller observer d'autres horizons.
D'autre part, quand la mort est évoquée, l'ambiance de ce livre peut devenir aussi très angoissante. 
À cette atmosphère, assez déstabilisante, viennent se greffer les personnages mystérieux, marginaux, presque sans identité, que seul Murakami arrive à dépeindre.    


Dès les premières pages, j'ai mis du temps à m'adapter au style d'écriture de l'auteur... Puis, habituée à son originalité, j'ai savouré chaque phrase.
Effectivement, au premier abord, ce roman peut paraître assez absurde. Mais on se rend vite compte que cela permet à l'auteur de critiquer le superficiel de notre société.


En outre, Haruki Murakami arrive à dérouter le lecteur de manière très délicate. 
Ainsi, ce dernier ne parvient presque plus à distinguer le réel et le rêve. On ressort donc de cette lecture totalement dépaysé, avec l'étrange impression d'avoir été "manipulé" à notre insu.
Ensuite, Murakami arrive aussi à nous faire voyager au plus profond de nous-mêmes. Le lecteur s'identifie inconsciemment à l'un des personnages, et se retrouve plongé dans ses propres tourments. Par la même occasion, l'expérience de chaque protagoniste nous fait réfléchir sur notre mode de vie, notre façon de penser.


Certes, le rythme reste assez lent, mais cela s'accorde finalement très bien avec les réflexions présentes dans ce livre. Le récit peut devenir aussi très palpitant, notamment au moment où toutes les destinées des personnages convergent vers le même lieu. C'est d'ailleurs précisément à cette étape du livre que j'ai réussi à comprendre le but de Murakami.  
Toutefois, j'ai eu du mal à assimiler toutes les idées exposées dans ce roman. Une relecture plus rigoureuse me semble donc nécessaire.  


Enfin, plus je parle de ce livre, plus j'ai l'impression de ne pas parvenir à le décrire véritablement. À lui seul, Kafka sur le rivage est une expérience unique, qui vaut le coup d'être vécue par tout le monde !


   
Livre lu dans le cadre d'une lecture commune sur Livraddict !
Voici les avis des autres participants : Felina , Cécile , Sollyne , Melisende .





samedi 26 mars 2011

La reine des pommes, de Chester Himes.

« C'était un secteur de Manhattan, sombre, désert, lugubre et mal famé, où ne s'aventuraient ni les honnêtes gens, ni même les patrouilles de police, où l'on pouvait se faire égorger sans crainte d'être dérangé, où personne n'entendait vos appels ou ne trouvait le courage de voler à votre secours, si vos cris étaient entendus. »

« Selon un dicton de Harlem, le maigre assis souffre autant que le gros qui galope. » 



Résumé :
Jackson est le gars le plus candide de Harlem, pour ne pas dire demeuré. Et dans le coin, il y a un tas de dégourdis qui commencent par lui étouffer son pognon. Sa petite amie, Imabelle, une fille superbe à la peau couleur de banane, l'entube comme c'est pas permis. Enfin, son frère, qui est une bonne soeur dans le civil, cherche aussi à le posséder. Seulement Jackson, lui, c'est un bon chrétien. Y a que la foi qui sauve et il a tout à fait raison de croire aux miracles.


Mon avis :
Rien de mieux que ce roman pour partir à la découverte de Harlem.
À travers des dialogues pittoresques, cette histoire complètement folle nous emporte dans des situations loufoques et cocasses (course poursuite entre la police et un corbillard dans les rues de New-York) ...
Remplies d'humour noir, on sent que chaque phrase de ce livre est imprégnée du vécu de l'auteur.
De plus, ce dernier parvient à nous faire rentrer totalement dans l'ambiance de ce secteur de Manhattan.

D'autre part, la qualité de ce roman ne réside pas simplement dans son intrigue, mais plus particulièrement dans son dynamisme. En effet, l'action, ainsi que les nombreux dialogues, donnent de l'énergie au récit, ne laissant pas au lecteur le temps de s'ennuyer.
Certes, la religion est assez présente, mais abordée de telle façon qu'elle en devient ridicule.
  
Enfin, la naïveté de Jackson donne un certain charme à l'histoire. Ce dernier est entouré de personnages truculents, qui semblent ne pas avoir de conscience...


En bref, un polar qui sort de l'ordinaire ! 


Livre lu dans le cadre du challenge "New York en littérature"




samedi 5 mars 2011

À toi qui n'es pas encore né(e), d'Albert Jacquard.

« Tu n'es qu'un des huit milliards d'humains qui, d'après les prévisions actuelles, peupleront la planète en 2025; mais, comme chacun d'eux, tu comptes pour un. Ni moins que les personnages qui occupent le devant de la scène et que l'on dit puissants, ni plus que les malheureux qui sont apparemment sur la touche et que l'on dit exclus. Ta présence pèse du même poids que celle des présidents et des clochards. » 



Résumé :
Généticien, Albert Jacquard n’a jamais cessé de s’interroger sur ce qui se transmet d’une génération à l’autre. Sous la forme d’une lettre à un arrière-petit-enfant adolescent en 2025, l’auteur de L’Équation du nénuphar nous offre ici la synthèse de ses questionnements, de ses convictions, de ses craintes et de ses espoirs.

Huit milliards d’êtres humains parviendront-ils demain à cohabiter sur la planète ? Quelles conséquences une consommation frénétique, des manipulations incontrôlées du génome humain pourraient-elles avoir sur l’environnement et sur le destin collectif ? Quels garde-fous saurons-nous inventer pour préserver à la fois la diversité et la paix ?
Goût de connaître, respect de l’autre, nécessité de la critique et parfois de l’insoumission : telles sont les valeurs, ancrées dans sa vie et dans ses combats, que réaffirme ici Albert Jacquard, et qui font au bout du compte de ce livre une leçon d’optimisme et d’espoir.


L'auteur :
Albert Jacquard, généticien de formation, auteur d'un grand nombre de livres sur diverses questions de société, a notamment publié Petite philosophie à l'usage des non-philosophes, qui a connu un immense succès. Plus récemment, il a publié Dieu ? et Tentatives de lucidité, où il a donné la pleine mesure de son talent pour traiter les sujets les plus complexes dans un style limpide. 




Mon avis :
Voici un livre qui vous permettra d'enrichir votre "bibliothèque intérieure". 
En effet, l'expérience et les connaissances d' Albert Jacquard rendent cet ouvrage très intéressant :

Premièrement, l'auteur sait lier à merveille le passé, le présent et le futur. Le généticien nous livre donc un texte où l'on ne cesse de voyager dans le temps, à la recherche des erreurs de l'histoire humaine. C'est au cours de ses combats quotidiens, et surtout en s'adressant ici à son arrière-petit-enfant, qu' Albert Jacquard tire les leçons des échecs du passé, au profit d'un meilleur avenir. 
Étourdis par notre mode de vie oppressant, une lecture comme celle-ci nous sort de l'absurde. Ainsi, ce livre nous fait réfléchir sur les conséquences que peut avoir notre attitude d'aujourd'hui sur le monde que nous laissons aux générations futures. 
Économie, patriotisme, compétition ... Tous ces sujets sont ici remis en cause. Les réponses qu'apporte Albert Jacquard sont parfois juste esquissées, mais on sent qu'une reconstruction totale de nos sociétés semble nécessaire. Mais l'espoir subsiste, notamment dans les prévisions pour 2025 faites par l'écrivain. 

En outre, l'auteur sait également unir à merveille ses valeurs morales à ses connaissances scientifiques. Ainsi, le lecteur se rend compte que la philosophie a besoin de la science pour se justifier, et que la science a besoin de la philosophie pour rester "humaine". Les deux disciplines se complètent donc, pour former un discours d'autant plus convaincant. 

Enfin, j'ai beaucoup apprécié la capacité qu'a Jacquard de parler de génétique, par exemple, avec des mots simples. De cette façon, il laisse son discours à la portée de tous les lecteurs et rend ces derniers égaux. 
De plus, il illustre et image souvent ses théories qui deviennent ainsi plus compréhensibles et efficaces.

Pour conclure, l'optimisme, l'expérience, les connaissances et les idées d'Albert Jacquard font de ce livre une leçon vraiment enrichissante.


dimanche 20 février 2011

L'angoisse du roi Salomon, de Romain Gary .



  • Quatrième de couverture :

« Monsieur Salomon s'était arrêté devant une porte avec une plaque qui disait Madame Jolie voyante extra-lucide sur rendez-vous seulement, et il a sonné. J'ai d'abord essayé de croire qu'il venait se renseigner pour quelqu'un d'autre, mais non, pas du tout.
-Il paraît qu'elle ne se trompe jamais, dit-il. Nous allons bien voir. Je meurs de curiosité ! Oui, je suis vraiment très curieux de savoir ce qui m'attend.
Il en avait les joues roses.
Je restais là, gueule ouverte. Merde alors. C'est tout ce que j'arrivais à penser. Un mec de quatre-vingt-quatre piges qui va consulter une voyante pour qu'elle lui dise ce qui l'attend !... »




  • Romain Gary :

Né en Russie en 1914, Romain Gary entre dans la carrière diplomatique après la guerre et devient romancier. Egalement auteur d'articles, de pièces de théâtre et de scenarii de films, on peut retenir de son oeuvre abondante, peuplée de personnages assoiffés d'absolu, Education Européenne (1945), Les Racines du Ciel (prix Goncourt 1956) et la Promesse de l'Aube (1959). Il publie, en 1975, La Vie devant soi sous le pseudonyme d'Emile Ajar et remporte ainsi une seconde fois le Prix Goncourt.
Il met fin à ses jours le 2 Décembre 1980.



  • Mon avis :

Amitié, angoisse, amour, révolte contre la vieillesse ... Dans ce récit, tous ces sentiments s'entremêlent progressivement aux différents caractères des personnages pour former un livre riche en émotions. On parle de la vieillesse avec espoir, à travers des personnages complexes et attachants.

Cependant l'histoire évolue très lentement, et ceci gâche tous les petits charmes de la plume de Romain Gary ... En effet, seuls les dialogues m'ont semblé intéressants (ces derniers donnant de la vivacité au récit).
Le style d'écriture a beau être original, le narrateur m'a agacé à certains moments.
Ainsi, cette lecture peu agréable n'a pas été passionnante.

~
Livre lu dans le cadre du challenge petit BAC.

vendredi 18 février 2011

Le grand Quoi écrit par Dave Eggers en collaboration avec Valentino Achak Deng .




Merci à Blog-o-Book & aux éditions Folio pour cette découverte littéraire.


  • Quatrième de couverture : 
Valentino n’a pas huit ans lorsqu’il est contraint de fuir Marial Bai, son village natal, traqué par les miliciens armés par Khartoum. Comme des milliers d’autres gosses, le jeune Soudanais va parcourir à pied des centaines de kilomètres pour échapper au sort des enfants soldats et des esclaves. Valentino passera ensuite plus de dix ans dans des camps de réfugiés en Éthiopie et au Kenya, avant d’obtenir un visa pour l’Amérique. Dans une nouvelle jungle, urbaine cette fois, il découvrira une face inattendue du racisme. À mi-chemin entre le roman picaresque et le récit d’apprentissage, ce livre est avant tout le fruit d’un échange. Eggers l’Américain a écouté Valentino l’Africain se raconter. Sa plume impertinente fait mouche et insuffle à cette autobiographie une dimension épique, qui rappelle celle de Mark Twain.

  • Mon avis : 
Attention! Ici, il n’est pas question de jouer sur les sentiments, bien que chaque phrase soit bouleversante : Eggers et Valentino nous offrent un témoignage instructif de grande qualité.
 Par le biais d’une plume volontairement maladroite sont mis en avant les protagonistes et les sources de la guerre civile soudanaise. Récit subjectif livré sans apitoiement, le grand Quoi peut être qualifié d'enrichissant.

Malgré tout, n’oublions pas que nous avons affaire à une autobiographie romancée … Ce qui laisse le lecteur assez perplexe car les détails de ce livre peuvent perdre de leur crédibilité.

Mais cela est vite excusé par l’apport d’un recul nécessaire quant à la morale de l’histoire, sans quoi l’ouvrage perdrait de son originalité. La narration, rythmée par des retours dans le passé sous forme de monologues intérieurs, est basée sur une réflexion qui sort de l’ordinaire récit lacrymal : qu’est-ce que le Quoi ?
Afin de semer les morceaux de réponse, Eggers imbibe chaque mot d’horreur qui servent eux-mêmes à la construction de phrases brèves soulignant l’inhumanité de ce conflit. Pour apaiser le tout, quelques passages contiennent des pointes d’humour, parfois mêlées aux quelques espoirs pacifistes de Valentino, qui se démarque des autres "Enfants Perdus".
Ainsi, larguée au Soudan et simplement munie d’une carte géographique imprimée au début de l’ouvrage, j’ai parcouru chaque page, hantée par le mystère du Quoi.
 Courant après Valentino, j’ai tenté, au cours de son odyssée, de récolter à ma façon des arguments probants pouvant y répondre.
Cette lecture est donc avant tout personnelle, même si le but reste universel : éviter que ces atrocités ne se répètent.
Alors, à votre tour de trouver votre propre interprétation du Quoi.





mardi 8 février 2011

Le cahier d'Aram de Maria Àngels Anglada .



Aram, un adolescent de quinze ans semblable à tant d'autres, n'aurait peut-être jamais écrit son histoire s'il ne s'était soudain trouvé plongé dans un exode massif afin de fuir une mort certaine. En 1915, le gouvernement turc décréta en effet l'extermination du peuple arménien et, comme Aram, des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, subirent les persécutions les plus sauvages et cruelles du XXe siècle. 





  • L'auteur :
Maria Àngels Anglada (1930-1999) est l’un des plus prestigieux auteurs catalans.
Philologue, poète, essayiste, romancière, elle a de nombreux ouvrages à son actif. Son premier roman, Les closes, remporte le prix Josep Pla en 1978, tandis que Columnes d’Ores, qui réunit toute sa somme poétique, se voit attribué le prix Lletra d’Or en 1985. Véritable touche-à-tout, cette passionnée d’histoire grecque et de poésie italienne a su imposer une œuvre singulière entremêlant fiction et réalité. 



  • Mon avis :
Étant d’origine arménienne, je m’étais préparée psychologiquement à une lecture assez bouleversante, et effectivement, elle l’a été. J’ai ressenti quelque chose d’étrange, que je n’avais encore jamais connu. Toute l’horreur du récit m’a échappé car j’en ai sûrement déjà assez entendu . Voilà pourquoi je conseillerais plutôt ce livre à des lecteurs peu informés sur le génocide arménien. 


En outre, il faut l’avouer, il fallait le courage de s’attaquer à un sujet comme celui-ci. Maria Angels Anglada atténue l’atrocité de cette période historique grâce à un duo mère/fils très soudé .  En peu de pages, cette auteur arrive à alterner trois points de vue, enrichis par des poèmes, articles de journaux et témoignages, sans embrouiller notre lecture.  


Finalement, cet ouvrage, entre fiction et réel, constitue un hommage intéressant.